22 mai 2009

Comme un bonheur ne vient jamais seul


En passant à Épinal, j'ai aussi appris que j'avais un texte publié dans le Galaxies hors série 41. Comme tu dois l'ignorer, Galaxies est un magazine de science-fiction de référence en France. L'équipe de rédaction a changé il y a quelques numéros, s'arrêtant au 42. Cependant, le numéro 41 n'avait jamais été publié.

D'où l'idée de Pierre Gévart, nouveau rédacteur en chef, de proposer un hors-série avec 41 auteurs. Chaque texte devait avoir un rapport avec le nombre 41. Moi, ça m'évoquait le matricule de Ben-Hur quand il est condamné aux galères. J'ai repris l'idée sur fond de brutalités policières.

Tu constateras que mon inspiration est proche de la réalité puisque le dernier rapport d'Amnesty International, intitulé "France : des policiers au-dessus des lois", parle à peu près de la même chose.

Bonnes lectures à toi (tu n'as qu'à télécharger le rapport et acheter le magazine).

19 mai 2009

En revenant d'Epinal


Je suis donc rentré des Imaginales dimanche matin, un peu fracasse malgré ma grande sobriété. Le bilan est très positif puisque je reviens avec un prix, celui du roman jeunesse pour Les Gorgonautes (le trophée est le chat rouge qui apparaît au-dessus). Il a fallu serrer la louche aux huiles locales et parader sur une estrade avec une fanfare qui jouait entre chaque annonce. C'était marrant.

Sinon, j'ai découvert pour la première fois le festival qui est très sympa, assez important et qui réunit un grand nombre de personnes. J'ai enfin pu faire vraiment connaissance avec Charlotte Bousquet et Fabien Fernandez. J'ai même croisé Didier Graffet, qui a dessiné la couverture des Gorgonautes, mais on n'a pas pu discuter longtemps. Côté regret, j'ai aperçu Boulet qui était dans le même train, puis dans le même hôtel et que je n'ai pas su aborder intelligemment (j'ai dû lui parler brièvement de la météo avant de me retirer comme un minable).

Le reste du temps, je me suis entretenu avec mes éditeurs (ça fait pas longtemps que je peux me permettre le pluriel alors j'en profite). J'ai traîné avec les gens d'ActuSF qui sont charmants (et un peu bizarres aussi) et d'autres pièces rapportées comme moi.

Si je fais le compte, j'ai dédicacé une dizaine de bouquins, rapporter un trophée en forme de chat que je n'ai pas pu faire rentrer dans mon sac, mangé dans une crêperie et un japonais, raté une soirée épique sur le sexe en fantasy, rapporté une bouteille de vin gentiment offerte par Michel Robert (ça devient gênant, d'autant que je n'avais rien à lui donner en échange ; je vais essayer de me fournir pour la prochaine fois), pris des métros, trois trains, deux RER, deux avions, et deux taxis. J'espère que ce sera aussi bien l'année prochaine (si je peux y revenir).

18 mai 2009

Chose vue 0 : nostalgie RER

En passant à Châtelet, sur la route de l'aéroport vers ma Hongrie (presque) natale, j'ai assisté à une séance de prêche public sur la ligne B du RER. Un homme noir, avec une veste de costume, une mallette et un pantalon de jogging bleu haranguait les foules avec une voix de stentor qui parvenait même à rivaliser avec le bruit des rames entrant en gare.

Il nous disait de nous en remettre à Jésus qui l'avait sauvé, qui avait ressuscité, qui était le seul dieu, qui nous protégerait jusqu'à la cinquième génération, etc...

A un homme qui l'interpellait du quai opposé en criant des amen lourds d'ironie et lui disait de se taire, notre bouche d'or a répondu : "Je ne suis qu'un homme, je ne peux te faire taire, mais que diras-tu à Dieu qui t'entend aussi ?".

Puis, comme l'inconnu du quai en face semblait décidément hermétique à toute évangélisation ferroviaire et multipliait les provocations, le missionnaire improvisé lui a lancé : "Mais oui, viens là, je vais te montrer qui est Jésus !"

Du coup, je suis parti avant qu'ils ne commencent à se battre.

13 mai 2009

Bandes d'ordures


Ce week-end, c'était les encom-brants dans notre quartier de Budapest. C'est l'occasion pour tout un chacun de se débarrasser d'un vieux vélo, d'un évier cassé, d'un appareil de musculation, de meubles en tout genre et surtout de cartons qui s'entassent sur le bord de la route. Comme le pays est en plein boom économique, il y a des tas de gens qui sont prêts à venir ramasser vos ordures pour en faire quelque chose. On voit donc débarquer des hordes de pauvres dans des voitures encore plus déglinguées que le matériel qu'elles transportent sur des remorques bringuebalantes. Certains laissent même des vieux au bord d'un tas particulièrement intéressant, le temps d'aller chercher la camionnette. Bien sûr, comme tout le monde fouille sans vergogne, les tas ont tendance à s'éparpiller et la rue devient rapidement un décor de fin du monde.

Nous, on en a profité pour vider la cave et on avait deux gaillards qui nous attendaient de pied ferme devant les poubelles. On a pu discuter. Ils ont joué un peu avec le ballon de foot crevé qu'on abandonnait. Ils m'ont demandé s'il y avait de quoi remonter des meubles Ikéa d'avant la chute du Mur (très rare). J'ai même appris le mot "fém" qui veut dire métal, matière qui les intéressait particulièrement. Ils sont repartis un peu déçus avec nos produits toxiques, quelques robinets et un rideau de douche.

Pour remonter le niveau, je te rajoute une photo du ciel au dessus de Buda.

Ce week-end, je suis aux Imaginales d'Épinal. Pour que tu me reconnaisses, je porterai un t-shirt "Budapest". Et toi ?

6 mai 2009

IT Crowd ou le rire carnavalesque


J'ai vu les trois saisons de IT Crowd, cette série britannique humoris- tique dont je te parlais tantôt, et ça mérite un éclairage (j'ai encore mis un titre pédant, je peux pas m'en empêcher).

Voyons d'abord le principe. Nous avons deux personnages, Roy (à droite sur la photo) et Moss (à gauche) qui travaillent dans une grande entreprise londonienne. Leur boulot consiste à s'occuper du parc informatique de la société, emploi utile car on les appelle toutes les cinq minutes pour réclamer leur aide. Le plus souvent les questions posées sont dérisoires et les problèmes résolus en faisant redémarrer la machine, voire en la branchant. Cependant, les deux acolytes de l'IT Crowd (soit "département informatique" en français) sont méprisés et relégués dans les sous-sols moisis de l'entreprise. L'histoire commence quand le patron décide d'engager un nouveau manager afin de mieux gérer les relations entre l'IT Crowd et les autres employés : l'heureuse élue s'appelle Jen (au milieu du canapé donc) et elle n'y connaît absolument rien en informatique.

Comme on le voit, le point de départ est un renversement intéressant : l'ordinateur qui régit nos vies de façon croissante est ici relégué au second plan. Alors qu'on présente de plus en plus les petits génies de l'informatique comme les futurs maîtres du monde, ou comme des super-héros (en témoigne par exemple Die hard 4 qui joue sur cette tendance), ici ce ne sont que des rebuts, des êtres au rancart. Le geek (soit une personne obsédée par l'informatique et tous ses dérivés, tendance représentée par Roy) voire sa variante lourde le nerd (un geek totalement handicapé dans les relations sociales, tendance représentée par Moss) sont des perdants de la vie que l'on oublie une fois qu'on les a utilisés. Quant aux gens "normaux" (Jen comprise), ils sont absolument ignorants en matière d'informatique, au point de croire que l'Internet est une petite boîte noire avec un voyant qui clignote.

Bien sûr, tout cela est caricatural, mais c'est ce qui est comique. Toutes les valeurs sont attaquées une par une au cours des 18 épisodes diffusés à ce jour : le patronat (malhonnête et abusif), le travail (les employés rivalisent d'incompétence et ne font rien de leurs journées), la religion (des prêtres sont accueillis par un "fuck you" retentissant), la loi (voir la parodie des messages contre le téléchargement). Même les handicapés, les mendiants et les vieux sont moqués, avec cette outrance qui aboutit à une forme de nonsense bien anglais. On en veut pour preuve Richmond, l'ancien employé modèle qui a un jour découvert le groupe de musique gothique Craddle of Filth ; désormais indésirable, il a été relégué dans la cave, près d'une machine qui clignote, devenant une espèce de vampire dépressif.

Tout cela nous décrit un monde à l'envers où le rire va prendre une coloration carnavalesque. Non seulement les valeurs sont inversées, caricaturées jusqu'à l'absurde, mais on ne s'intéresse plus qu'au bas corporel (pour reprendre les mots de Bakhtine au sujet de Rabelais). On parle de menstrues, d'excréments, de pets, mais aussi de sexualité. Le second patron de la boîte est ainsi une sorte de Priape qui est excité par tout et n'importe quoi. Les barrières tombent rapidement et tout le monde couche avec tout le monde à la faveur d'une fête.

J'oubliais l'essentiel : c'est aussi très drôle (en raison notamment de ce que j'évoque plus haut) et on peut donc se faire plaisir avec un spectacle régressif, tout en se donnant des airs d'intello. J'ai essayé ; on peut.