11 juin 2011

Engagez-vous qu'ils disaient


Quand je ne fais pas l'auteur, il m'arrive d'enseigner à temps plein.

Je suis toujours désagréable- ment surpris par le discours d'envie mâtinée de haine que je trouve dans les commentaires que je peux trouver sur Internet. On y accuse les profs de tous les maux : feignants, irresponsables, privilégiés, et j'en passe. Je ne vais pas m'amuser à reprendre tous ces poncifs mais juste observer la campagne de publicité qui sort actuellement pour recruter dans l’Éducation nationale.

Eh oui, car même si enseigner est un boulot de planqués payés à ne rien faire, il semble que plus personne ne veuille s'y coller. Quel étonnant paradoxe ! On devrait se ruer sur les concours pour entrer dans l'Eldorado de la glande, le paradis des tire-au-flanc. Or, depuis des années, les vocations sont en baisse alors que la précarité et le chômage ne cessent d'augmenter. Qu'est-ce qui peut détourner les gens d'une situation si enviable ?

En tout cas, ce n'est pas cette campagne stupide dont les sous-entendus sont analysés ici (les filles en lettres, en rose, qui rêvassent ; les garçons en sciences, en bleu, qui ont de l'ambition, bref tous les stéréotypes imaginables ; nous faire croire qu'on recrute alors qu'on ferme des postes) qui va changer la donne.

L'école est en voie de déshumanisation. Va lire le "J'accuse" d'un prof publié sur Mediapart pour t'en convaincre. Et puis ce petit livre de Jean-Pierre Le Goff, La barbarie douce, qui montre comment les pires méthodes managériales appliquées à l'entreprise sont développées depuis quelques années à l'école.

Et ça ne s'améliore pas. On nous demande de collaborer à des réformes qui vont à l'encontre de nos convictions (pas de contenu sous couvert de liberté pédagogique, pas de cadre réel pour créer la plus grande inégalité possible d'un établissement à l'autre, mise en concurrence des enseignants et des enseignements...) et qui n'appartiennent pas à notre profession (on ajoute des tâches administratives pour lequelles nous ne sommes ni rémunérés ni formés).

Je te fais le pari aujourd'hui que, d'ici à quelques années, si les orientations idéologiques qui président au destin de l'école ne changent pas, en mettant les enseignants dans une situation ubuesque et insupportable, l’Éducation nationale se retrouvera dans une situation comparable à celle de France Télécom.

4 commentaires:

k_tastrof a dit…

Disparité croissante de l'école républicaine oblige, certains établissements ont pris un peu d'avance pour l'ambiance FT. Mais ça peut changer d'une année sur l'autre , me souffle-t-on. Donc rien de durable encore. Bientôt, peut-être...

Charlotte B. a dit…

Toi aussi, Mediapart est ton ami ?
Je suis d'accord avec toi, et encore je n'ai jamais été une vraie prof (huit heures apr semaine en bts, bof), c'est un boulot fatiguant, qui demande pas mal de punch, de savoir faire et de pédagogie sans compter les heures de préparation de cours... Je ne savais pas que c'était à ce point sur le reste, mais beurk.

CLAVELUS a dit…

Bientôt, la tendresse déferlera sur le monde... Peut-être...

Et j'écrirai un autre message sur le métier d'enseignant comme un des beaux-arts.

Mazoutos a dit…

Que les jaloux passent les concours, il y a de moins en moins de candidats ! Au pire, il reste le pôle emploi, puisqu'on passe par là pour recruter désormais...