31 janvier 2011

Un nouveau siècle

Je n'ai pas beaucoup écrit ces derniers temps sur ce blog. Un peu de fatigue hivernale mais aussi une impression étrange de croisement entre fiction et réel. Il se passe aujourd'hui des événements qu'on n'envisageait pas il y a peu. Je pense à la Tunisie et à l'Égypte. Devant ces mouvements historiques, le marchand d'imaginaire que je suis se fait modeste, tel l'élève devant le maître. Cela nous rappelle que la réalité englobe la fiction en elle-même.
Si je me souviens bien, Descartes montre dans ses Méditations métaphysiques que l'imaginaire n'est pas création : quand je représente un centaure, je ne fais qu'assembler des éléments déjà existants : un torse d'homme et un corps de cheval. Et même si je dessine des figures impossibles, je n'invente pas la couleur qui les constitue.
Il me semble que c'est la même chose avec l'écriture romanesque. On peut jouer avec toutes sortes d'uchronies, d'anticipations, de dystopies, d'univers parallèles, on ne propose que des variations autour du monde connu. On reste tributaire du réel.
(D'ailleurs je demeure persuadé que la fiction la plus invraisemblable ne fait que nous parler de la réalité, mais cela est une autre histoire, comme celle des pouvoirs de la fiction qui ne sont pas à négliger non plus.)
Pour en revenir à notre sujet, il n'y a pas qu'en Afrique du Nord que les événements s'emballent. Toutes proportions gardées, cela bouge également dans nos démocraties occidentales. Pour le pire, peut-être, en Hongrie, avec un premier ministre qui envoie balader l'Union Européenne en imposant des lois liberticides. Pour le meilleur, peut-être, en Islande, dont on parle beaucoup moins, où il semble que le peuple refuse de payer les pots cassés des banques et prenne les choses en main.
Difficile de trouver du nouveau après cette piqûre de réel. Il n'y a plus qu'à retourner étudier le monde. Et apprendre. Et rêver.
Peut-être que le XXIe siècle n'aura commencé qu'en 2011 après tout.

3 commentaires:

Charlotte B. a dit…

Comme quoi, Descartes parfois... Je suis au Maroc en ce moment et évidemment tout le monde suit ou essaie de suivre les événements de Tunisie et d'Egypte, en gros les gens ont à la fois envie que ça bouge et aimeraient que ça fasse tache d'huile, mais craignent la récupération et des islamistes, et des gouvernements, et des pays extérieurs (du genre "mettre le feu aux poudre pour pouvoir se tailler une part de lion après, entre autres).
J'entendais en allant prendre l'avion des gens qui étaient tout excités à l'idée de pouvoir rentrer chez eux, en Tunisie, et essayer d'y bâtir quelque chose de bien!
J'aime bien ton article.

Mazoutos a dit…

Laisse faire les historiens... On en reparle dans 500 ans. Etienne savait-il qu'il écrivait l'Histoire de son peuple ?

CLAVELUS a dit…

Le problème, c'est que j'ai pas cinq cents ans devant moi.

Quant à Étienne, je pense qu'il s'est au moins posé la question de savoir si ses actes auraient une portée historique. Tiens, je vais lui demander, maintenant qu'on est potes...