25 juin 2016

Feuillets de cuivre nommé au prix Elbakin 2016

Oui, je reviens encore t'embêter avec mon bouquin Feuillets de cuivre ! Il fait partie de la sélection du prix Elbakin.net 2016 dans la catégorie "meilleur roman de fantasy français", à côté de tout un tas de gens bien. 

J'en suis ravi. Si je me souviens bien, c'est ma deuxième sélection après Le Châtiment des flèches en 2011. Bon, à l'époque, ça n'avait rien donné pour moi. Maintenant, je prépare une place dans ma bibliothèque pour le trophée de cuir, histoire de rêver un peu.

Sinon, d'autres gens ont lu le roman et en ont parlé en ligne : Sanguine, Xapur, Phénixweb, Pierre-Gilles Pélissier (qui lui consacre en fait toute une analyse), Wagoo, Just A Word, Livr'aisons littéraires, La Niffe en l'air, Louve, Au pays des Cave Trolls et Over-book-ed.

12 juin 2016

Héros de la mythologie grecque est paru

Dans la même collection que les Chevaliers de la table ronde de l'an dernier, voici douze nouveaux petits récits sur les héros de la mythologie grecque pour les lecteurs à partir de 8 ans et avec de belles illustrations de Benjamin Bachelier.

Au menu : Cadmos, Persée, Bellérophon, Héraclès, Thésée, Dédale, Atalante, Œdipe, Jason, Médée, les Dioscures et Orphée. Si jamais, il y en a qui ne te disent rien, tu sais ce qu'il te reste à faire...

10 juin 2016

Rêves d'Afrique est paru

L'an dernier est déjà parue une anthologie Légendes d'Afrique chez Elenya. La nouvelle que j'y avais publiée avait en fait été écrite au départ pour Voy'el mais, suite à un désaccord entre l'anthologiste et la maison d'édition, l'anthologie a changé d'éditeur et mon texte a suivi. 

Néanmoins, comme Voy'el avait déjà commandé une couverture et relancé un appel à texte, je leur ai proposé un nouveau récit. Ils avaient déjà été très compréhensifs quand j'avais repris au dernier moment une nouvelle mettant en scène Ragon. Je ne voulais pas les laisser tomber une fois de plus.

Du coup, nous voici de retour en Afrique. Mon texte précédent était à l'Ouest du continent, chez les Dogon, on passe maintenant à l'Est, en Abyssinie, avec un texte intitulé : "Entre au vrai royaume des enfants de Cham" et dont le titre est une citation de Rimbaud.

1 juin 2016

Münchhausen en force

Je ne sais pas si, comme moi, tu as été marqué.e par la vision du film de Terry Gilliam Les Aventures du baron de Münchhausen (1988). Je l'ai vu, sans doute à sa sortie, ou peu après, dans mon village de l'époque, Pierrefonds, grâce à un cinéma itinérant qui projetait les images sur un simple mur blanc. J'en étais sorti ébloui et mon goût du merveilleux a sans doute été forgé en grande partie par cette œuvre.

Presque trente ans plus tard, j'ai eu la possibilité de travailler sur le texte. En effet, à la faveur des nouveaux programmes de français du collège (dont je pense le plus grand mal), on peut néanmoins aborder plus facilement des ouvrages de fantasy et de science-fiction. J'ai donc pu proposer ce titre à Flammarion qui a accepté, à ma grande joie.

Je me suis rendu compte en me penchant sur le sujet que, jusqu'à présent, à de très rares exceptions près (notons au passage l'édition José Corti), les Aventures du baron de Münchhausen sont considérées comme de la littérature jeunesse qui n'appelle donc aucune analyse (c'est bien connu). Mon travail a notamment consisté à mettre en avant la dimension satirique de ces écrits, ce qui explique pourquoi la plupart des adaptations cinématographiques ont utilisé l’imaginaire comme outil critique (Gilliam en particulier s'attaque à Thatcher).

L'autre idée consistait à montrer que ce texte est le résultat de multiples réécritures et interventions qui justifient le fait qu'il n'y ait pas de nom d'auteur sur cette édition alors qu'on trouve souvent ceux de Bürger ou de Raspe qui ne sont en réalité responsables que d'une partie. On peut donc dire que Münchhausen est devenu, de son vivant même, un mythe littéraire.

Dernier élément : Münchhausen se fait vraiment l'avocat de la puissance de l'imaginaire. Du coup, même si l'ouvrage s'adresse aux classes de collège, n'importe quel amateur des littératures de l'imaginaire devrait y jeter un coup d’œil car c'est un jalon trop souvent ignoré (je regrette maintenant de ne pas y avoir pensé au moment de la refonte du Panorama illustré de la Fantasy et du merveilleux où il avait sa place légitime). D'ailleurs, question image, l'édition, qui reprend la jolie traduction de Théophile Gautier fils, bénéficie, outre un cahier photos, de reproductions des illustrations du Gustave Doré. 

Tu as de quoi te faire plaisir. Le livre sort aujourd'hui.

29 mai 2016

Gattaca ou la fable endoscopique

Comme je ne poste presque plus rien ici, je profite d'un travail effectué dans le cadre de mon lycée pour te proposer une interprétation du film Bienvenue à Gattaca, histoire de te changer les idées.


Bienvenue à Gattaca (Gattaca en vo) est le premier film écrit et réalisé par Andrew Niccol en 1997. Il est également auteur du scénario de The Truman Show (Weir, 1998). Ce film de science-fiction, genre privilégié par Niccol, décrit notre monde dans un avenir proche, froid et aseptisé où les chances de chacun dépendent de leur génome. L'un des thèmes principaux est l'eugénisme.

Le film se place dans une longue tradition. Son scénario science-fictif, mêle génétique et exploration de l'espace en les mettant en parallèle (voir 2001, l'Odyssée de l'espace, Kubrick, 1968). D'autre part, il ajoute à son intrigue des éléments de policier et de thriller (voir Blade Runner, Scott, 1982). Enfin, le décor est curieusement familier puisque, sans doute par manque de moyen, Niccol a filmé en particulier dans le centre municipal du comté de Marin (Marin County Civic Center), situé en Californie, et dû l'architecte Frank Lloyd Wright dans les années 1960 (voir THX 1138, Lucas, 1971).

Néanmoins, il trouve son propre ton par un certain nombre d'originalités qu'il convient de mettre en lumière. D'abord il se défait de toute l'imagerie science-fictive habituelle : pas d'apesanteur, pas de sol extra-terrestre, pas de robot, pas de mode futuriste, pas de portes étranges, pas d'hologrammes. C'est un « film sans imagerie » note Michel Chion (Les films de science-fiction, Cahiers du Cinéma, 2008, p.369). Il ajoute d'ailleurs que c'est l'imagerie sonore qui la remplace, notamment avec le son des moteurs des voitures. 

D'autre part, le film joue sur les effets de transparence. On trouve de nombreux objets en verre qui laissent voir notamment les fluides intérieurs du corps (sang, urine), mais aussi toute une batterie de miroirs, lunettes, lentilles de contact, parebrises, bâches plastiques qui lancent le thème du regard. Ce regard d'ailleurs est souvent contrarié par des écrans, de la fumée (qui empêche de distinguer Titan) ou simplement la myopie du héros.

Beaucoup d'éléments du décor utilisent l'opposition entre opacité et transparence et s'avèrent donc troués, que ce soit l'échelle « empruntée » métaphorique du héros ou l'escalier hélicoïdal qui apparait deux fois ou encore la maison de Jerome, béton percé de fenêtres ou celle d'Irene qui ne semble pas avoir de murs. 

Les miroirs, eux, renvoient à un scénario tout en doubles : deux dons de cheveux, deux baisers, deux sauvetages après courses dans la mer, deux invitations à danser, deux escaliers en hélice (chez le généticien et chez Jerome), deux frères (Jerome et Anton), deux fils décevants (Jerome et celui du Dr Lamar), deux citations liminaires (celle de l'Ecclésiaste et d'un psychiatre américain), deux passeurs (German le trafiquant d'identités au début et le Dr Lamar à la fin), deux mentors à cheveux blancs (Caesar le balayeur et le directeur Josef). Le héros est un faux Jerome tout du long et on a même un faux coupable. Le scénario nous invite à nous méfier. La mise en scène aussi. Le début joue sur l'échelle en nous montrant en gros plans, avec des bruits effrayants, des ongles coupés ou de poils au microscope. On joue aussi sur le haut et le bas lors de la première scène d'amour avec Irene.

Enfin, l'élément liquide se répand dans tout le film, tandis qu'animaux et végétaux en sont totalement absents. Le seul moment où on aperçoit des plantes, ce sont des algues flottant en fin d'une course de natation. D'ailleurs, les trois personnages masculins jeunes (Jerome, Eugene et Anton) pratiquent tous la natation. On évoque aussi l'utérus maternel. Pourrait-on dire alors que tout le film est construit comme une métaphore de la reproduction ? Ainsi, l'univers liquide serait celui de la cellule (on trouve de nombreux éléments arrondis dont les planètes) et nos jeunes hommes vigoureux incarneraient des spermatozoïdes dont le vainqueur nage dans un conduit (la fusée et son sas) le menant vers l'ovule (Titan). Cela expliquerait pourquoi le spectateur est perturbé dans l'échelle et dans l'orientation puisque ceux-ci n'ont guère de sens à l'échelle de la cellule.

D'autres éléments viennent renforcer cette interprétation. Le nom des personnages est éloquent : si Irene signifie « la paix » en grec et Eugene « celui qui est bien né », le nom de Jerome est proche de « génome » : sa victoire est celle du patrimoine génétique transmis à la descendance. Le nom du Dr Lamar serait donc le symbole de la mer et de la mère à atteindre.

Enfin, le film s'ouvre sur une citation de la Bible et on précise que le départ doit avoir lieu dans une semaine, soit sept jours, soit le temps nécessaire pour la création du monde.

Le spectateur serait même amené devant le brin d'ADN lui-même, symbolisé par les escaliers hélicoïdaux. Quant au titre du film et nom du centre, Gattaca, il est lui-même formé par les initiales utilisées pour désigner les bases de l'ADN (ACGT, c'est-à-dire adénine, cytosine, thymine et guanine), comme cela est montré dès le générique d'ouverture.